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Guide

LPP et 2e pilier en Suisse : le guide pour comprendre sa caisse de pension

Le 2e pilier, ou LPP, complète l'AVS grâce à votre caisse de pension. Voici comment se construit votre avoir de vieillesse, ce qu'il verse à la retraite, en cas d'invalidité ou de décès, et comment lire votre certificat.

Mis à jour le · Information générale, pas un conseil personnalisé ni une offre d’assurance.

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Dans cette page
  1. Le 2e pilier en bref : à quoi sert la LPP
  2. Qui est assuré dans le 2e pilier ?
  3. Du salaire brut au salaire coordonné
  4. Les bonifications de vieillesse et l'avoir de vieillesse
  5. La caisse de pension : comment elle fonctionne
  6. Les prestations du 2e pilier
  7. Quelques repères officiels à garder en tête
  8. Lire son certificat de prévoyance
  9. Utiliser son 2e pilier : rachat, logement et libre passage
  10. Les lacunes de prévoyance en cas de décès et d'invalidité
  11. Pièges fréquents et vérifications avant d'agir
  12. Questions fréquentes

Le 2e pilier suisse, appelé aussi prévoyance professionnelle ou LPP, est le deuxième étage de la prévoyance du pays. Il s'ajoute à l'AVS et à l'AI pour que, à la retraite, en cas d'invalidité ou après un décès, le niveau de vie des personnes concernées reste proche de celui qu'elles connaissaient auparavant. Concrètement, une partie de votre salaire est versée à une caisse de pension, qui la fait fructifier et vous la restitue sous forme de rente ou de capital. Ce guide explique, étape par étape, comment fonctionne la LPP, qui est assuré, comment se calcule le salaire coordonné, ce que contient l'avoir de vieillesse et comment lire le certificat que votre caisse vous envoie chaque année.

Les règles légales sont les mêmes pour tout le monde, mais chaque caisse y ajoute son propre règlement. C'est pourquoi la réponse exacte à votre situation se trouve toujours dans votre plan de prévoyance. Cette page donne la grille de lecture ; une analyse individuelle permet ensuite de la confronter à votre dossier.

Le 2e pilier en bref : à quoi sert la LPP

La prévoyance suisse repose sur trois piliers, présentés en détail dans notre page sur les trois piliers de la prévoyance en Suisse. Le premier pilier, l'AVS et l'AI, garantit un minimum vital à toute la population. Le troisième pilier, privé et facultatif, relève de l'épargne individuelle. Entre les deux, le 2e pilier est lié à l'activité lucrative : il est financé par l'employeur et par le salarié, et il est géré par une institution de prévoyance, couramment appelée caisse de pension.

Son rôle est double. D'abord, constituer un capital de vieillesse : chaque année, des bonifications sont créditées sur un compte individuel à votre nom. Ensuite, couvrir les risques : en cas d'invalidité, la caisse peut verser une rente ; en cas de décès, elle peut verser des prestations au conjoint, au partenaire enregistré ou aux enfants selon les conditions du plan. Cette seconde fonction est moins connue que la première, et c'est pourtant elle qui compte le plus lorsqu'un accident de la vie survient.

Il faut distinguer deux niveaux :

  • le régime obligatoire, fixé par la loi : il détermine le minimum que toute caisse doit offrir ;
  • le régime surobligatoire, fixé par le règlement de la caisse : il va au-delà du minimum légal et peut offrir de meilleures prestations, une autre répartition des cotisations ou des options supplémentaires.

Beaucoup de plans, notamment dans les grandes entreprises, sont « enveloppants » : ils regroupent obligatoire et surobligatoire dans un seul plan. Pour le salarié, la nuance est importante, car certaines règles légales (comme le taux d'intérêt minimal) ne s'appliquent qu'à la partie obligatoire. Votre certificat indique en principe la répartition.

Qui est assuré dans le 2e pilier ?

L'affiliation dépend du statut professionnel, pas du bon vouloir de chacun. En règle générale, les salariés qui exercent une activité auprès d'un employeur soumis à la loi et qui atteignent le seuil de salaire fixé par la loi sont assurés obligatoirement. Les personnes qui travaillent à temps partiel, pour plusieurs employeurs ou à un salaire modeste peuvent se retrouver exclues du régime obligatoire sans que ce soit une erreur : tout dépend du salaire annuel et de la situation. Les caisses de nombreux employeurs ont d'ailleurs un règlement plus généreux que la loi et admettent aussi des salaires plus bas.

Quelques situations typiques :

  • Un salarié à plein temps est affilié à la caisse de son employeur dès que les conditions légales sont réunies, sans démarche de sa part.
  • Une personne à temps partiel ou avec plusieurs petits emplois doit vérifier, pour chaque emploi, si le salaire atteint le seuil. Il arrive qu'aucun employeur n'assure la personne, alors que le total de ses revenus serait suffisant.
  • Un indépendant n'est pas assuré d'office. Il peut s'affilier à une institution de prévoyance de manière facultative, ou choisir d'autres solutions de prévoyance individuelle. Notre guide assurance pour indépendant en détaille les options.
  • Une personne sans emploi ne cotise pas au 2e pilier tant qu'elle n'a pas d'employeur, mais son avoir existant ne disparaît pas : il est placé en libre passage.
  • Un parent au foyer n'a pas de caisse de pension propre, sauf s'il travaille à côté. La prévoyance du ménage se pense alors à l'échelle du couple.

Pour une famille, la question n'est donc pas seulement « suis-je assuré ? », mais « à quel niveau ? ». Un même foyer peut compter un conjoint très bien couvert et un autre à peine couvert.

Du salaire brut au salaire coordonné

La caisse ne calcule pas ses bonifications sur la totalité du salaire. Elle part du salaire soumis à l'AVS, en retranche la part déjà couverte par l'AVS, puis applique un plafond. Le résultat s'appelle le salaire coordonné. Le schéma ci-dessous résume le chemin.

Du salaire brut au salaire coordonné, aux bonifications et à l'avoir de vieillesseSalaire annuel soumis à l'AVSbase de départPart sous leseuildéjà couverte parl'AVSSalairecoordonnéla part assurée parla LPPPart au-delà dumaximumassurée seulementsi le plan leBonifications de vieillessepourcentage selon l'âgeAvoir de vieillessebonifications plus intérêtsdéduitretenuplafonnépourcentagecumul annuel
Du salaire brut au salaire coordonné, aux bonifications et à l'avoir de vieillesse

Ce que dit la loi

Selon la loi, la partie du salaire annuel comprise entre 26 460 et 90 720 francs doit être assurée ; elle est appelée « salaire coordonné ». Ces limites correspondent à ce que prévoit le texte de loi consulté pour 2026. Autrement dit, le premier tranche du salaire n'est pas assurée dans le 2e pilier parce que l'AVS est censée la couvrir ; au-delà du maximum, le régime obligatoire s'arrête aussi.

Une règle de plancher existe : si le salaire coordonné n'atteint pas 3780 francs par an, il est arrondi à ce montant. Pour les salaires situés juste au-dessus du seuil d'entrée, cette règle évite un salaire coordonné dérisoire et garantit une base minimale de bonifications.

Le Conseil fédéral peut adapter ces montants-limites à l'évolution de la rente simple minimale de vieillesse de l'AVS ; la limite supérieure du salaire coordonné peut l'être aussi compte tenu de l'évolution générale des salaires. C'est pourquoi les montants changent de temps en temps. Notre page LPP en 2026 tient le point sur les valeurs en vigueur, et le calculateur du salaire coordonné permet de simuler votre propre cas.

Les salaires élevés et le surobligatoire

Le salaire assurable selon le règlement de prévoyance est limité, pour les salariés comme pour les indépendants, au décuple du montant limite supérieur du salaire coordonné. En outre, le salaire assuré ne doit pas dépasser le revenu soumis à la cotisation AVS. Pour les cadres et les hauts revenus, c'est le règlement de la caisse qui décide de la part du salaire qui est assurée au-delà du maximum légal : certains plans ne vont pas plus loin que le minimum, d'autres couvrent de larges tranches supplémentaires, avec des taux de cotisation différents. C'est la zone où les écarts entre caisses sont les plus visibles.

Quand le salaire baisse temporairement

Une maladie, un accident, du chômage, un congé de parentalité ou une adoption peuvent faire baisser le salaire pendant un temps. La loi protège alors l'assuré : le salaire coordonné est maintenu au moins pour la durée de l'obligation légale de l'employeur de verser le salaire. La personne assurée peut toutefois demander la réduction de son salaire coordonné, par exemple pour alléger ses cotisations pendant une période difficile. Cette demande a des effets durables sur le capital et sur les prestations de risque : la prudence s'impose avant de la formuler.

Les bonifications de vieillesse et l'avoir de vieillesse

Chaque année, la caisse crédite à votre compte une bonification de vieillesse, calculée en pourcentage du salaire coordonné. Le pourcentage augmente avec l'âge, ce qui fait que l'épargne s'accélère vers la fin de la vie active.

Tranche d'âge Bonification annuelle (en % du salaire coordonné)
De 25 à 34 ans 7 %
De 35 à 44 ans 10 %
De 45 à 54 ans 15 %
De 55 à 65 ans 18 %

Ces pourcentages sont les minima légaux. Une caisse peut prévoir des taux plus élevés, par exemple pour rendre son plan plus attractif. Le fonds de garantie verse d'ailleurs des subsides aux institutions dont la somme des bonifications de vieillesse dépasse 14 % de la somme des salaires coordonnés : c'est un mécanisme de solidarité entre caisses, destiné à celles dont la structure d'âge est défavorable.

Un point d'attention concerne les employeurs et les salariés plus âgés. Comme les bonifications sont plus fortes après un certain âge, le coût de l'embauche d'une personne de la cinquantaine est plus élevé pour l'entreprise. C'est un élément connu de la politique de l'emploi, mais il relève d'un autre sujet.

De quoi se compose l'avoir de vieillesse

L'avoir de vieillesse n'est pas seulement la somme des bonifications. Il comprend notamment :

  • les bonifications de vieillesse avec intérêts ;
  • l'avoir versé par les institutions de prévoyance précédentes (prestations de libre passage) ;
  • les remboursements de versements anticipés, par exemple pour un logement ;
  • les montants issus d'un partage de prévoyance lors d'un divorce ;
  • les rachats que vous avez effectués.

Les intérêts sont fixés pour la partie obligatoire par un taux minimal : le Conseil fédéral le fixe et l'examine au moins tous les deux ans. Pour la partie surobligatoire, la caisse décide librement de la rémunération, dans les limites de son règlement et de sa situation financière. Deux caisses peuvent donc servir des intérêts très différents à des assurés de profil identique.

Lorsque vous changez d'emploi, l'avoir de la caisse quittée suit en principe la personne vers la nouvelle caisse. Si vous n'avez pas encore de nouveau poste, il est déposé sur un compte ou une police de libre passage. Pour comprendre ces transferts et éviter les oublis, lisez notre page libre passage.

La caisse de pension : comment elle fonctionne

Une caisse de pension est une institution distincte de l'employeur, avec ses propres organes. Elle peut être propre à une entreprise, commune à une branche, rattachée à une fondation collective gérée par un assureur ou une banque, ou encore être l'institution supplétive pour les employeurs qui n'en ont pas. Dans les caisses autonomes ou semi-autonomes, le conseil de fondation est composé à parité de représentants des employeurs et des salariés ; c'est lui qui adopte le règlement, fixe les taux de cotisation et décide de la rémunération de l'avoir.

Qui paie, et combien ?

Les cotisations se partagent entre l'employeur et le salarié, l'employeur finançant au moins la moitié. Elles servent à deux usages :

  • l'épargne : les bonifications de vieillesse mentionnées plus haut ;
  • la couverture des risques : le financement de l'invalidité et du décès, ainsi que les frais de gestion.

Le principe d'assurance est respecté lorsque l'institution affecte au moins 4 % du montant total des cotisations au financement des prestations de la couverture des risques de décès et d'invalidité. Cette condition garantit que la caisse reste un véritable organisme d'assurance et pas seulement une structure d'épargne.

Un plan « adéquat »

Le plan de prévoyance doit rester adéquat, c'est-à-dire proportionné. Il l'est si les prestations réglementaires ne dépassent pas 70 % du dernier salaire AVS assurable, ou si les cotisations de l'employeur et des salariés pour la vieillesse ne dépassent pas annuellement 25 % de la somme des salaires AVS assurables. Cette limite explique que les rachats sont eux-mêmes plafonnés : l'institution de prévoyance ne peut permettre le rachat que jusqu'à hauteur des prestations réglementaires.

Primauté des cotisations ou des prestations

La plupart des caisses fonctionnent en primauté des cotisations : on connaît ce que l'on verse, et la rente dépend du capital accumulé et d'un taux de conversion. Quelques caisses, surtout publiques, fonctionnent en primauté des prestations : la rente est fixée en pourcentage du dernier salaire. Votre certificat précise le modèle, ce qui change la manière de lire les chiffres.

La situation financière de la caisse

Une caisse de pension doit pouvoir honorer ses engagements. Lorsque ses actifs ne suffisent pas à couvrir ses obligations, on parle de découvert, avec des mesures d'assainissement possibles. Ce risque est expliqué dans notre page caisse de pension en découvert. Demandez à connaître le degré de couverture : l'institution de prévoyance renseigne chaque année ses assurés, et les assurés peuvent demander les comptes annuels et le rapport annuel.

Les prestations du 2e pilier

À la retraite : rente, capital ou mélange

La prestation de vieillesse peut être perçue sous forme de rente en trois étapes au plus. En capital, le retrait peut aussi se faire en trois étapes au plus, une étape comprenant tous les retraits d'une année civile. Le premier retrait partiel doit représenter au moins 20 % de la prestation de vieillesse, sauf pourcentage minimal moins élevé admis par l'institution de prévoyance.

Concrètement, trois voies existent :

  • la rente viagère, versée chaque mois tant que la personne vit : elle offre une régularité, mais le capital ne se transmet pas librement ;
  • le capital, versé en une ou plusieurs étapes : il laisse la liberté de placer et de dépenser, avec la responsabilité de gérer la longévité ;
  • la formule mixte, qui combine les deux.

Le choix a des conséquences fiscales, successorales et de budget. Il se prépare bien avant la retraite, et la caisse impose parfois des délais d'annonce. Notre guide retraite LPP : capital ou rente développe les critères de décision.

En cas d'invalidité

Si une personne assurée devient invalide, la caisse peut verser une rente d'invalidité, qui complète celle de l'AI. Le droit naît selon les conditions de la loi et du règlement ; il suppose en général que l'invalidité soit reconnue par l'assurance fédérale et que la personne ait été assurée au moment où l'incapacité de travail à l'origine de l'invalidité a commencé. Cette dernière condition est un piège classique : changer d'emploi ou rester sans couverture pendant une période de maladie peut compromettre le droit.

La base de calcul des prestations d'invalidité et de survivants est le salaire coordonné de la dernière année d'assurance, qui correspond au dernier salaire coordonné annuel fixé en vue du calcul des bonifications de vieillesse. Cela explique pourquoi un salaire coordonné réduit pendant une maladie, à la demande de la personne assurée, aurait un effet direct sur les rentes de risque.

En cas de décès

Au décès d'une personne assurée, la caisse peut verser des rentes ou un capital aux survivants : conjoint ou partenaire enregistré, enfants, et selon les règlements, d'autres personnes comme le concubin ou une personne qui subvenait aux besoins du défunt. Les concubins ne sont pas protégés automatiquement : il faut en général une clause bénéficiaire annoncée à la caisse. La page concubins : quelle protection en cas de décès explique les démarches. Ces prestations de survivants reposent sur le même salaire coordonné que celui qui sert pour l'invalidité.

Récapitulatif

Événement Ce que la caisse peut verser Ce qui dépend du règlement
Retraite Rente, capital ou formule mixte Taux de conversion, étapes de retrait, délais d'annonce
Invalidité Rente d'invalidité, parfois rente pour enfant Niveau de la rente, délai d'attente, définition de l'invalidité
Décès avant la retraite Rente de conjoint, rente d'orphelin ou capital Cercle des bénéficiaires, capital décès supplémentaire
Décès après la retraite Rente de survivant éventuelle Part de la rente reversée
Départ de l'entreprise Prestation de libre passage Transfert vers la nouvelle caisse ou un compte

Quelques repères officiels à garder en tête

entre 26 460 et 90 720 francs

Limites du salaire coordonné (partie du salaire annuel à assurer)

Source: Salaire coordonné et bonifications de vieillesse

3780 francs par an

Plancher du salaire coordonné

Source: Salaire coordonné et bonifications de vieillesse

4 %

Part minimale des cotisations affectée aux risques décès et invalidité

Source: Plans de prévoyance, retraite anticipée et sécurité des caisses

20 %

Premier retrait partiel minimal en capital

Source: Prestations de vieillesse

Les repères de la loi

Lire son certificat de prévoyance

Chaque année, votre caisse vous remet un certificat de prévoyance. La loi l'impose : l'institution renseigne chaque année ses assurés sur leurs droits aux prestations, le salaire coordonné, le taux de cotisation et l'avoir de vieillesse. Beaucoup de gens le rangent sans le lire. C'est pourtant le document le plus utile pour mesurer vos protections.

Voici comment le décoder :

Rubrique du certificat Ce qu'elle signifie Ce qu'il faut vérifier
Salaire annuel déterminant Le salaire pris en compte par la caisse Qu'il corresponde bien à votre salaire actuel, primes et bonus selon le règlement
Salaire assuré (ou coordonné) La part du salaire sur laquelle sont calculées bonifications et prestations Qu'il ait été mis à jour après une augmentation ou un changement de taux d'occupation
Avoir de vieillesse Votre capital à la date du certificat La part obligatoire et la part surobligatoire, et les versements éventuels de libre passage
Prestation de vieillesse projetée Estimation de la rente ou du capital à la retraite Les hypothèses (intérêt, âge) : il s'agit d'une projection, pas d'une promesse
Rente d'invalidité Montant versé en cas d'invalidité Le délai d'attente et le lien avec l'AI
Rente de conjoint et d'orphelin Montant versé aux survivants Le cercle des bénéficiaires et les conditions
Capital décès Somme versée en plus ou à la place des rentes Les clauses bénéficiaires
Possibilités de rachat Montant maximum que vous pouvez verser pour combler les lacunes La part déductible fiscalement dans votre canton
Retrait pour le logement Montant disponible pour l'achat d'un logement Les conditions et le blocage éventuel après un rachat

Si une rubrique manque ou vous paraît illisible, la caisse est tenue de vous répondre. Un certificat qui s'écarte beaucoup de la réalité de votre carrière (années oubliées, taux d'occupation faux, salaire non actualisé) se corrige : une erreur de saisie répétée d'une année à l'autre coûte cher sur la durée.

Utiliser son 2e pilier : rachat, logement et libre passage

Le capital de la caisse n'est pas qu'une épargne dormante. Plusieurs mécanismes permettent d'agir dessus, avec chacun ses règles.

Le rachat

Si votre avoir est inférieur à ce que le règlement prévoit pour votre âge et votre salaire, vous avez une lacune. Vous pouvez la combler par un rachat, volontaire. Ce rachat améliore vos prestations futures et peut avoir un effet fiscal, mais il est limité : l'institution de prévoyance ne peut permettre le rachat que jusqu'à hauteur des prestations réglementaires. Après un rachat, certains retraits en capital sont bloqués pour une durée fixée par la loi. Avant d'agir, lisez notre guide rachat LPP et demandez conseil sur l'effet fiscal dans votre canton.

Le logement

Pour acquérir un logement destiné à ses propres besoins, l'assuré peut mettre en gage le droit aux prestations de prévoyance ou un montant jusqu'à concurrence de sa prestation de libre passage. Il peut aussi demander un versement anticipé, qu'il peut faire valoir au plus tard trois ans avant la naissance du droit aux prestations de vieillesse.

Les conséquences sont importantes :

  • le versement anticipé entraîne une réduction des prestations de prévoyance ; l'institution offre elle-même une assurance complémentaire pour décès et invalidité ou sert d'intermédiaire ;
  • le montant perçu doit être remboursé si le logement est vendu, si des droits équivalant à une aliénation sont concédés, ou si aucune prestation de prévoyance n'est exigible au décès ;
  • l'assuré peut rembourser en tout temps jusqu'à la naissance du droit aux prestations de vieillesse, un autre cas de prévoyance ou le paiement en espèces.

Pour qui prépare un achat immobilier, la question n'est donc pas seulement « combien puis-je retirer ? », mais « quelle protection décès et invalidité vais-je perdre, et comment la remplacer ? ». Pour un propriétaire, la page hypothèque : amortissement indirect n'est pas retenue ici ; consultez plutôt votre établissement et votre caisse pour mesurer l'effet de chaque option.

Le libre passage

À chaque changement d'emploi, l'avoir doit suivre : vers la nouvelle caisse, ou, à défaut, vers une institution de libre passage. Les oublis les plus fréquents concernent les anciens emplois de courte durée, les séjours à l'étranger et les périodes sans activité. Un avoir « perdu » peut être retrouvé par les canaux officiels, mais cela prend du temps, d'où l'intérêt de tenir un dossier personnel de tous vos certificats.

Les lacunes de prévoyance en cas de décès et d'invalidité

Le besoin affiché sur cette page est la protection de la famille. Le 2e pilier ne la garantit jamais à lui seul : il faut additionner trois sources et mesurer ce qui manque.

  1. L'AVS et l'AI, premier pilier, versent des rentes de base qui assurent un minimum, pas le niveau de vie habituel. Notre page sur l'AVS et le 1er pilier détaille leur fonctionnement.
  2. La LPP, avec les prestations d'invalidité et de survivants calculées sur le salaire coordonné. Si le salaire coordonné est faible, la rente le sera aussi.
  3. La prévoyance privée, comme une assurance décès ou invalidité, qui comble l'écart. La page invalidité : AI, LPP et assurance privée explique comment les trois sources s'articulent.

Exemple fictif : une famille établie à Lausanne, avec deux enfants, dont le père est salarié à plein temps et la mère travaille à temps partiel. À la lecture du certificat du père, la famille découvre que la rente de conjoint est correcte, mais que celle de la mère, assurée par un petit salaire coordonné, est faible. En cas d'invalidité de la mère, le foyer perdrait un revenu que la caisse compenserait peu. La famille décide d'examiner une couverture complémentaire et de vérifier si le salaire assuré de la mère peut être relevé, deux démarches qui se chiffrent par comparaison avec l'aide d'un calculateur.

Pour estimer vos propres lacunes, utilisez le calculateur du besoin de couverture décès et invalidité, qui part de votre situation familiale et de vos charges. Pour une réflexion à deux, ajoutez protéger son conjoint et ses enfants. Le formulaire « Demander une comparaison gratuite » permet ensuite de comparer des solutions complémentaires, sans engagement.

Pièges fréquents et vérifications avant d'agir

Les erreurs récurrentes en matière de 2e pilier sont rarement spectaculaires ; elles tiennent à de petites négligences accumulées.

  • Ne pas lire le certificat. Une erreur de salaire ou de taux d'occupation reste invisible pendant des années.
  • Confondre projection et promesse. La rente annoncée à la retraite est une estimation fondée sur des hypothèses d'intérêt et de carrière.
  • Ignorer la différence entre obligatoire et surobligatoire. Les garanties légales ne couvrent pas toute la part de l'avoir, et une caisse peut modifier ses règles pour la partie surobligatoire.
  • Oublier le cercle des bénéficiaires. Un partenaire non marié n'est pas toujours protégé ; une clause doit parfois être annoncée à la caisse.
  • Se retirer du 2e pilier pour acheter un logement sans mesurer la perte de couverture. Le versement anticipé réduit les prestations de risque.
  • Racheter sans plan. Un rachat est un acte financier lourd, à coordonner avec un éventuel retrait du capital et avec la fiscalité.
  • Ne pas annoncer un changement de situation. Mariage, naissance, divorce et départ à l'étranger modifient les droits.

Une courte liste de contrôle, à parcourir chaque année à la réception du certificat :

  • Vérifier que le salaire déterminant et le taux d'occupation sont à jour
  • Identifier la part obligatoire et la part surobligatoire de l'avoir
  • Relever les rentes d'invalidité, de conjoint et d'orphelin prévues
  • Contrôler les clauses bénéficiaires si vous n'êtes pas marié
  • Noter le montant de rachat possible et le comparer à votre budget
  • Conserver le certificat dans un dossier, avec les anciens avoirs de libre passage
  • Demander à la caisse son degré de couverture et ses comptes annuels si vous avez un doute

Pour aller plus loin sur la partie administrative d'un changement d'emploi ou d'un départ, consultez aussi les rubriques sur le libre passage ; et si vous êtes employeur, vous pouvez retrouver vos obligations dans notre contenu consacré à la LPP en entreprise.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le 2e pilier et la LPP ?

Dans le langage courant, les deux termes désignent la même chose. Le « 2e pilier » est le nom donné à la prévoyance professionnelle dans le système des trois piliers, et la « LPP » est la loi fédérale qui en fixe le cadre. Les caisses de pension appliquent cette loi, puis la complètent par leur règlement.

Suis-je obligé de cotiser à une caisse de pension ?

Si vous êtes salarié et que votre salaire atteint le seuil fixé par la loi, votre employeur doit vous affilier et la cotisation est obligatoire. Les indépendants ne sont pas affiliés d'office. Si votre salaire est inférieur au seuil, ou si vous cumulez plusieurs petits emplois, vous pouvez ne pas être assuré : vérifiez avec les employeurs concernés.

Comment est calculé le salaire coordonné ?

La loi prévoit que la partie du salaire annuel comprise entre 26 460 et 90 720 francs est assurée ; c'est le salaire coordonné. S'il n'atteint pas 3780 francs par an, il est arrondi à ce montant. Votre caisse peut avoir un règlement plus généreux, notamment pour les salaires élevés. Votre certificat indique le salaire coordonné retenu pour vous.

Quel pourcentage de mon salaire est crédité chaque année ?

Les bonifications de vieillesse sont calculées en pourcentage du salaire coordonné : 7 % de 25 à 34 ans, 10 % de 35 à 44 ans, 15 % de 45 à 54 ans et 18 % de 55 à 65 ans. Ce sont les minima de la loi ; une caisse peut prévoir davantage. La répartition entre vous et l'employeur dépend du règlement.

Que se passe-t-il si je tombe malade ou si mon salaire baisse ?

Si le salaire annuel diminue temporairement par suite de maladie, d'accident, de chômage, de parentalité, d'adoption ou de circonstances semblables, le salaire coordonné est maintenu au moins pour la durée de l'obligation légale de l'employeur de verser le salaire. Vous pouvez demander une réduction du salaire coordonné, mais cela diminue aussi vos prestations ; réfléchissez-y avant de le faire.

Puis-je retirer mon capital pour acheter un logement ?

Oui, sous conditions. Vous pouvez faire valoir le versement au plus tard trois ans avant la naissance du droit aux prestations de vieillesse, pour un logement destiné à vos propres besoins. Le versement réduit vos prestations de risque et doit être remboursé si le logement est vendu. Faites le point avec votre caisse avant de signer quoi que ce soit.

Mon concubin est-il protégé si je décède ?

Pas automatiquement. Beaucoup de caisses ne versent des prestations de survivants à un concubin que s'il remplit les conditions du règlement et si une clause est annoncée à la caisse. Si vous n'êtes pas marié ou en partenariat enregistré, demandez à votre caisse comment faire figurer votre partenaire comme bénéficiaire.

Où trouver les informations sur ma caisse de pension ?

La caisse doit vous renseigner chaque année sur vos droits, le salaire coordonné, le taux de cotisation et l'avoir de vieillesse. Vous pouvez aussi demander les comptes annuels et le rapport annuel. Si une réponse vous semble incomplète, un second avis sur votre dossier peut vous aider à décider quoi faire.

Sources

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